mercredi, février 4, 2026

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Disparition Delphine Jubillar : l’ex-compagne de Cédric brise le silence

À deux mois du procès de Cédric Jubillar, retour sur une enquête hors norme qui divise la France

Cagnac les Mines, petit bourg du Tarn. C’est ici que Delphine Jubillar, infirmière de 33 ans, s’est volatilisée dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Cinq ans plus tard, son corps n’a jamais été retrouvé. Son mari Cédric, seul suspect, attend son procès derrière les barreaux de la prison de Seysses. Le verdict prévu fin septembre s’annonce historique.

Chronologie d’une nuit controversée

15 décembre 2020

22h55 : Delphine envoie sa dernière photo connue à son amant de Montauban
23h00 : Cédric prétend que sa femme sort promener les chiens
23h07 : Deux voisines entendent des cris de terreur féminins

16 décembre 2020

04h00 : Cédric dit s’être réveillé, alerté par les pleurs de sa fille
04h09 : Il appelle les gendarmes
04h50 : Arrivée des forces de l’ordre

Les gendarmes découvrent une scène étrange. Une machine à laver tourne avec une couette dedans. Les lunettes de Delphine sont cassées, un bras sous le canapé. Sa Peugeot 207 est garée à l’envers. De la condensation fraîche sur les vitres indique une présence récente.

Le téléphone de Cédric révèle qu’il n’a fait qu’une quarantaine de pas entre son réveil et l’arrivée des gendarmes. Bizarre pour quelqu’un qui cherche sa femme disparue.

Un mariage qui partait en vrille

L’enquête met vite au jour la réalité du couple. Delphine voulait divorcer. Elle avait rencontré un homme de Montauban avec qui elle planifiait une nouvelle vie. Ce soir là, elle lui envoie une photo d’elle en tenue légère. « Je t’embrasse », écrit elle à 22h55. Ce sera son dernier message.

Cédric surveillait sa femme obsessionnellement. GPS sur la voiture, vol de carte bancaire pour vérifier ses achats, interrogatoires constants des amies. Il avait découvert les achats de lingerie, la réservation d’hôtel.

Sa propre mère, Nadine, confie aux enquêteurs qu’il est « lâche et impulsif », capable de « péter les plombs » pour garder la maison. Plusieurs témoins rapportent des menaces explicites : « Je vais la tuer, je vais l’enterrer, personne ne va la retrouver. »

L’enfant témoin malgré lui

Louis, 6 ans à l’époque, garde d’abord le silence. Un mois plus tard, il craque devant les enquêteurs. Oui, ses parents se sont disputés cette nuit là. Fort. Il a entendu sa mère dire « puisque c’est comme ça, on va se séparer ».

Son témoignage colle avec celui des voisines. Mais un mois s’est écoulé. La défense conteste : mémoire influencée, traumatisme, conversations entendues. Un témoignage d’enfant reste fragile juridiquement.

Des mois de recherches infructueuses

L’ampleur des moyens impressionne. Battues citoyennes avec des milliers de volontaires. Chiens, drones, hélicoptères. Spéléologues dans les anciens puits de mine. En juillet 2022, neuf tombes du cimetière sont même ouvertes.

Janvier 2022 : coup de théâtre. Marco, codétenu de Cédric, balance. Il aurait reçu ses confidences : Delphine serait enterrée dans une ferme brûlée près de Drignac. Les pelleteuses creusent pendant des jours. Rien. Marco perd toute crédibilité mais son témoignage reste au dossier.

Durant les recherches publiques, Cédric dérange. Des participants le trouvent détaché, ailleurs. Il envoie des messages moqueurs aux organisatrices : « bande de dindes gloussant devant les caméras ».

Un détail interpelle : il appelle Delphine 180 fois le 16 décembre au matin. Deux fois le 17. Puis plus jamais.

Reconstitution : le face à face avec ses démons

13 décembre 2022. Cédric retourne dans sa maison sous escorte. Six heures pour refaire les gestes de cette nuit là. Les enquêteurs guettent la faille, l’émotion, l’aveu.

Rien. Barbe longue, amaigri, il répète sa version sans broncher. Pas un tressaillement dans cette maison où il vivait avec Delphine et leurs enfants. Les magistrats repartent comme ils sont venus.

Le séisme de juillet 2025

Deux mois avant le procès, bombe médiatique. Une femme de 31 ans qui visitait Cédric en prison entre février et avril 2025 parle.

D’après elle, il a tout avoué. L’étranglement sur le canapé. Il lui aurait même montré : une main sur le front, l’autre bras autour du cou. Technique qui empêche de crier. Ça expliquerait pourquoi les voisins proches n’ont rien entendu.

L’acte était planifié selon ses dires. Le 15 décembre choisi car la fin du confinement rendrait ses mouvements moins suspects. Il connaissait déjà la cachette : une exploitation agricole repérée un mois avant.

La couette lavée ? Pour l’urine libérée pendant l’étranglement. La doudoune blanche ? Brûlée.

Plus glaçant : « J’ai déjà tué une fois, je peux le faire deux fois. Si tu ne me trompes pas, tu n’as rien à craindre. »

Face à ce témoignage, la présidente de la cour d’assises ordonne un supplément d’information le 21 juillet. Les gendarmes doivent auditionner cette femme en urgence.

Les failles du dossier

La défense pilonne. Pas de sang malgré le Bluestar. Photo de la couette sur le canapé l’après midi du 16, contredisant le procureur. Témoignage d’enfant tardif et influençable. Marco s’est planté sur le lieu. L’ex peut mentir par vengeance.

Maîtres Alary, Franck et Martin répètent : dossier vide. Enquête orientée dès le départ. Tunnel vision sur Cédric. Autres pistes ignorées.

Le procureur de Toulouse défend son « faisceau d’indices graves et concordants ». Menaces multiples. Cris nocturnes. Surveillance obsessionnelle. Comportement post disparition. Témoignages concordants.

Les mystères non résolus

Le téléphone de Delphine se réactive sur Messenger en février 2021. Samsung confirme : conséquence technique des recherches des enquêteurs. Mais le doute plane.

La voiture déplacée. Quand ? Pourquoi ? Les clés étaient dans le sac de Delphine à la maison.

Surtout : où est le corps ? Si Cédric est coupable, comment fait il disparaître sa femme en quelques heures, sans trace, avec deux enfants à l’étage ?

Un village sous les projecteurs

Cagnac les Mines vit mal sa célébrité forcée. Les habitants ont vu défiler journalistes, enquêteurs, curieux. Les battues ont bouleversé leur quotidien. Certains puits rebouchés depuis des décennies ont été rouverts.

Sur Facebook, des groupes de dizaines de milliers de membres jouent les détectives. Théories, rumeurs, accusations. La présomption d’innocence n’existe plus dans ces forums numériques.

Les médias comparent sans cesse à l’affaire Daval. Jonathann avait joué le mari éploré avant d’avouer. Mais Cédric, lui, n’a jamais varié. Jamais parlé aux journalistes. Clamé son innocence depuis le premier jour.

Ce qui attend les jurés d’Albi

22 septembre 2025. Quatre à cinq semaines de procès. Douze jurés face à une question vertigineuse : condamner sans corps, sans arme, sans preuve matérielle ?

Le droit français le permet. L’intime conviction suffit. Cette certitude qui naît de l’examen des preuves, même indirectes.

Si Cédric est condamné, vingt ans minimum pour homicide sur conjoint. Le corps de Delphine restera probablement introuvable.

S’il est acquitté, il sort libre mais marqué. L’enquête continue en théorie. En pratique, sans nouveau suspect, elle mourra.

Si le supplément d’information bouleverse tout, report possible. L’attente se prolonge pour les proches.

Les enfants otages du mystère

Louis a 11 ans aujourd’hui. Elyah, 6 ans. Ils vivent chez leur tante maternelle depuis juin 2021. Leur père incarcéré, leur mère disparue. Grandir avec ce mystère, sans réponses, sans corps à enterrer.

Ils étaient là cette nuit de décembre. Louis a peut être entendu le pire. Elyah dormait. Que leur dira t on un jour ? La vérité éclatera t elle ?

Questions pour notre époque

Cette affaire interroge. Comment prouver un crime parfait ? La justice peut elle condamner sur des présomptions ? Les réseaux sociaux sont ils compatibles avec la présomption d’innocence ?

L’enquête a mobilisé des moyens considérables. Écoutes, filatures, géolocalisation, analyses numériques. Tout ça pour un dossier que la défense juge vide.

Le procès sera suivi minute par minute. Chaque témoignage disséqué. Chaque contradiction relevée. La France attend des réponses.

Mais peut être n’y en aura t il jamais. Peut être que Delphine Jubillar restera à jamais une disparue. Son absence hantera cette affaire comme elle hante Cagnac les Mines.

Le mystère de cette nuit de décembre 2020 défie la justice. Dans quelques semaines, douze citoyens devront trancher. Leur verdict écrira la fin judiciaire de cette histoire. Pas forcément sa fin réelle.

Car quelque part, si l’accusation a raison, Delphine attend qu’on la retrouve. Si la défense dit vrai, elle est partie volontairement et l’histoire reste à écrire.

Entre ces deux vérités incompatibles, la justice devra choisir. Sans certitude absolue. Avec pour seule boussole l’accumulation de doutes ou de convictions.

L’affaire Jubillar entre dans l’histoire judiciaire française. Cas d’école pour les uns, erreur judiciaire pour les autres. Le procès de septembre tranchera. Ou pas.


Sources : Wikipédia – Affaire Delphine Jubillar | Service Public – Information judiciaire | Le Parisien – Dossier Jubillar

À lire également : Disparition de Romain Auzary : les similitudes troublantes

Solaine Grivois
Solaine Grivoishttps://lapressenationale.fr/
Solaine Grivois couvre les faits divers, l'actualité judiciaire et la vie locale en Île-de-France depuis 2012. Diplômée de l'ESJ Lille, elle a commencé comme pigiste au Parisien avant de devenir correspondante permanente. Spécialisée dans les affaires criminelles, les accidents de la route et le suivi des personnalités publiques, elle travaille régulièrement avec les services de police du 92 et assiste aux audiences du tribunal de Nanterre.

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