mercredi, février 4, 2026

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Crash Cordillère des Andes 1972 : 16 Survivants, 72 Jours d’Enfer

Le 13 octobre 1972, un avion uruguayen s’écrase dans les montagnes argentines à plus de 3 600 mètres d’altitude. À bord, une équipe de rugby amateur, des amis, des proches. Ce qui suit va devenir l’une des histoires de survie les plus extrêmes du siècle dernier.



Un vendredi 13 qui bascule dans le drame

L’équipe des Old Christians de Montevideo embarque le 12 octobre dans un Fairchild FH-227D de la Force aérienne uruguayenne. Direction : Santiago du Chili pour disputer un match amical. Quarante passagers montent à bord avec cinq membres d’équipage. La plupart sont des jeunes d’à peine vingt ans, issus de la banlieue aisée de Montevideo. Certains n’ont jamais vu la neige.

Le lendemain, après une escale forcée à Mendoza à cause du mauvais temps, l’appareil reprend son vol. Vers 15h30, le copilote Dante Héctor Lagurara estime avoir franchi les Andes. Il demande l’autorisation d’amorcer la descente vers Santiago. Problème : l’avion survole encore les montagnes. Les instruments de navigation indiquent qu’il reste 60 kilomètres avant Curicó, mais personne dans le cockpit ne le remarque.

L’appareil percute un sommet. Les ailes se déchirent. La queue se détache, emportant huit personnes dans le vide. Le fuselage glisse à 350 kilomètres par heure sur 725 mètres avant de s’écraser dans le Glacier des Larmes, dans la province argentine de Mendoza.

Bilan immédiat :

  • 12 morts lors de l’impact
  • 33 survivants blessés à divers degrés
  • Localisation : 3 660 mètres d’altitude, zone isolée près de la frontière chilienne
  • Température : jusqu’à moins 30 degrés la nuit

Dix jours d’espoir, puis plus rien

Les recherches débutent rapidement. Onze avions des forces argentines, chiliennes et uruguayennes survolent la région. Plusieurs passent au-dessus du site exact du crash. Mais la carlingue blanche reste invisible sur la neige. Les survivants tentent d’écrire SOS avec du rouge à lèvres sur le toit du fuselage. Pas assez de matériel pour former des lettres visibles du ciel.

Roy Harley bricole une antenne avec du fil électrique récupéré dans l’avion. Le transistor radio capte les émissions locales. Le 21 octobre, onze jours après le crash, ils entendent l’annonce : les recherches sont abandonnées. Plus aucun espoir de retrouver des survivants.

Entre temps, cinq autres personnes sont mortes de leurs blessures. Il reste 28 survivants. Aucun n’a d’expérience en haute montagne. Aucun équipement adapté. Aucune formation de survie.

Quand la nourriture vient à manquer

Les provisions s’épuisent en une semaine. Huit tablettes de chocolat, trois petits pots de confiture, une boîte de moules, quelques dattes, des bonbons, du vin. C’est tout. À cette altitude, le corps brûle des calories à une vitesse folle. Pas de végétation. Pas d’animaux. Rien.

Les survivants essaient de manger le cuir des ceintures et des chaussures. Certains tentent le rembourrage des sièges. Tout les rend malades. La mort par inanition s’approche. Les discussions commencent. Personne ne veut prononcer les mots à haute voix.

Roberto Canessa, étudiant en médecine de 19 ans, finit par suggérer l’impensable. Manger les corps des victimes, préservés par le froid. Le débat dure des heures. Tous sont catholiques. Beaucoup craignent la damnation éternelle. Mais l’alternative, c’est mourir.

La décision collective :

Le groupe donne son accord. Chacun accepte que son propre corps serve de nourriture s’il venait à mourir. Canessa découpe la chair avec un morceau de vitre brisée. Il avale le premier. D’autres suivent. Quelques-uns refusent encore pendant plusieurs jours avant de céder à la faim.

L’avalanche qui brise tout

Le 29 octobre, seizième jour sur le glacier, une avalanche déferle pendant la nuit. La neige ensevelit le fuselage qui sert d’abri. Huit personnes meurent étouffées. Parmi elles, Liliana Methol, la seule femme ayant survécu au crash initial. Son mari Javier devient veuf à 3 600 mètres d’altitude.

Sur les 45 passagers du vol 571, il n’en reste plus que 19. L’espoir s’amenuise. Plusieurs tentent des expéditions pour repérer une sortie. Ils trouvent la queue de l’avion à plusieurs kilomètres du crash. À l’intérieur, des vêtements chauds, un peu de nourriture, des batteries. Ils essaient de bricoler une radio pour appeler à l’aide. Ça ne fonctionne pas.

Trois hommes partent vers l’inconnu

Le 12 décembre, après 61 jours bloqués, Fernando Parrado, Roberto Canessa et Antonio Vizintín décident de tenter le tout pour le tout. Ils vont marcher vers l’ouest, là où ils pensent trouver le Chili. Personne ne sait ce qui les attend. Personne ne connaît la distance réelle.

Ils fabriquent des raquettes avec les coussins des sièges. Des lunettes de soleil avec le plastique du cockpit. Un sac de couchage avec les matériaux isolants de l’appareil. Pour nourriture : des morceaux de chair humaine enveloppés dans du tissu.

Après trois jours, Vizintín rebrousse chemin. Parrado et Canessa continuent seuls. Dix jours de marche. Ils grimpent jusqu’à 4 503 mètres pour franchir une crête. Puis descendent pendant des kilomètres. Le paysage change. La neige laisse place à l’herbe et aux fleurs.

Le 20 décembre, ils aperçoivent un homme à cheval de l’autre côté d’une rivière. Sergio Catalán, un paysan chilien. Impossible de communiquer avec le bruit de l’eau. Le lendemain, Catalán revient avec ses fils. Ils lancent un caillou avec du papier et un crayon attachés.

Parrado écrit : « Je viens d’un avion qui s’est écrasé dans la montagne. Je suis uruguayen. Nous marchons depuis 10 jours. Il y a 14 blessés près de l’avion. Nous avons besoin d’aide. »

Le sauvetage et le retour

Catalán part à cheval pendant 10 heures pour alerter les autorités. Le 22 décembre 1972, deux hélicoptères Bell UH-1 décollent. Parrado monte à bord du premier pour guider les pilotes. Les conditions sont difficiles. Le brouillard épais. Les vents violents.

L’après-midi même, six survivants sont évacués. Le mauvais temps empêche le retour des hélicoptères. Le 23 décembre, les huit derniers sont enfin secourus. 72 jours après le crash. 16 survivants sur 45 passagers.

Roy Harley pesait 84 kilos au départ. Il n’en pèse plus que 37. En moyenne, chacun a perdu 29 kilos. Certains souffrent de gelures graves. Tous sont traumatisés. Mais vivants.

Les révélations qui choquent le monde

Les médias du monde entier se ruent sur l’histoire. Quand les survivants révèlent qu’ils ont mangé leurs camarades morts, le scandale éclate. Des journaux titrent « Cannibalisme justifié » en première page. Les débats font rage.

Pancho Delgado prend la parole lors d’une conférence de presse : « Le jour est arrivé où nous n’avions plus rien à manger. Nous nous sommes dit que si le Christ, pendant la Cène, avait offert son corps et son sang à ses apôtres, il nous montrait le chemin. »

Les Églises chilienne et uruguayenne finissent par accorder leur absolution. Le pape Paul VI intervient personnellement pour soutenir les rescapés. L’opinion publique bascule. De la condamnation à la compassion.

52 ans plus tard, l’histoire continue

Les 16 survivants se réunissent chaque 22 décembre pour commémorer leur sauvetage. Beaucoup ont écrit des livres sur leur expérience. D’autres sont devenus conférenciers, partageant les leçons de résilience apprises sur le glacier.

Roberto Canessa a poursuivi ses études de médecine. Il est aujourd’hui cardiologue pédiatrique reconnu. Nando Parrado est devenu entrepreneur et conférencier motivationnel. Gustavo Zerbino dirige la Fédération uruguayenne de rugby. Eduardo Strauch possède l’un des cabinets d’architecture les plus réputés d’Uruguay.

En 2024, un nouveau film retrace leur histoire. Tourné sur le site réel du crash dans les Andes, il remporte une douzaine de prix internationaux. Les survivants ont participé au projet, certains apparaissant même en caméo.

Sur les 16 rescapés, 14 sont encore vivants. Javier Methol est décédé en 2015, José Luis Inciarte en 2023. Sergio Catalán, le paysan qui les a trouvés, est mort en 2020 à 91 ans. Les survivants avaient collecté des fonds pour lui payer une opération de la hanche.

Le site du crash attire aujourd’hui des centaines de visiteurs chaque année. Le trek prend trois à quatre jours depuis le village d’El Sosneado. Un musée à Montevideo, ouvert en 2013, rend hommage aux victimes et aux rescapés.

Cette tragédie de la cordillère des Andes reste gravée dans l’histoire comme un témoignage de ce que l’esprit humain peut endurer quand la survie devient l’unique objectif.

Solaine Grivois
Solaine Grivoishttps://lapressenationale.fr/
Solaine Grivois couvre les faits divers, l'actualité judiciaire et la vie locale en Île-de-France depuis 2012. Diplômée de l'ESJ Lille, elle a commencé comme pigiste au Parisien avant de devenir correspondante permanente. Spécialisée dans les affaires criminelles, les accidents de la route et le suivi des personnalités publiques, elle travaille régulièrement avec les services de police du 92 et assiste aux audiences du tribunal de Nanterre.

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