À 2 500 mètres sous la Méditerranée, des capteurs scrutent les particules les plus discrètes de l’univers. Derrière cette quête scientifique, un homme qui a choisi les abysses plutôt que la lumière médiatique.
Antoine Kouchner dirige depuis janvier 2024 le laboratoire Astroparticules et Cosmologie comme directeur adjoint. Ce physicien de l’Université Paris Cité consacre ses journées à traquer des particules invisibles qui traversent la Terre sans laisser de trace. Son terrain de jeu : les fonds marins méditerranéens où sont déployés des télescopes sous-marins géants.
Pendant 16 ans, le télescope ANTARES a fonctionné au large de Toulon. Ce dispositif révolutionnaire captait les rares interactions des neutrinos cosmiques avec l’eau de mer. Kouchner en a été le porte-parole durant plusieurs années, coordonnant les équipes de recherche européennes jusqu’à sa désactivation en 2022.
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Le Pari Méditerranéen
Pourquoi plonger des instruments scientifiques à plusieurs kilomètres de profondeur ? Les neutrinos, particules élémentaires produites par les réactions nucléaires du Soleil ou par des phénomènes cosmiques violents, interagissent à peine avec la matière. Des milliards nous traversent chaque seconde sans qu’on s’en aperçoive.
Détecter ces fantômes nécessite des volumes d’eau colossaux et une obscurité totale. La Méditerranée offre ces conditions. Les télescopes sous-marins transforment l’océan en gigantesque détecteur de particules.
Le projet KM3NeT en chiffres :
- Construction en cours en Méditerranée
- Collaboration entre la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et l’Allemagne
- Vise à détecter les neutrinos de haute énergie venus de l’espace
- Kouchner élu président du conseil d’institut en juin 2024
KM3NeT représente la génération suivante. Plus vaste, plus sensible, ce télescope en construction doit permettre de cartographier les sources de neutrinos cosmiques. Élu à la tête du conseil d’institut en juin 2024, Kouchner pilote la coordination scientifique de cette infrastructure européenne.
Transmission et Diplomatie Scientifique
Professeur à Paris Cité, il forme la relève des physiciens des particules. Avec Stéphane Lavignac, il a publié chez Dunod « À la Recherche des neutrinos », un ouvrage qui décrypte ces particules mystérieuses pour le grand public.
Depuis juillet 2023, une autre casquette : vice-président chargé des relations internationales de son université. Cette fonction le place au carrefour de la recherche et de la diplomatie académique. Il négocie des partenariats, facilite les échanges de chercheurs, tisse des liens entre laboratoires du monde entier.
Héritage familial : Fils de Bernard Kouchner, cofondateur de Médecins Sans Frontières et ancien ministre des Affaires étrangères, et d’Évelyne Pisier, universitaire décédée en 2017. Frère jumeau de Camille Kouchner, juriste et écrivaine.
Quand la Vie Privée Devient Publique
Janvier 2021. Camille Kouchner publie « La Familia Grande » aux éditions du Seuil. Le livre révèle les abus sexuels commis par leur beau-père, Olivier Duhamel, éminent constitutionnaliste. Antoine, désigné sous le pseudonyme « Victor », en était la victime.
L’onde de choc traverse la France. Duhamel démissionne de ses fonctions à Sciences Po et de la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques. Le hashtag #MeTooInceste libère une parole longtemps étouffée.
Pour Antoine Kouchner, cette exposition brutale contraste avec des années de discrétion. Contrairement à son père, figure publique omniprésente, il avait construit sa carrière loin des caméras. Les télescopes sous-marins n’intéressent guère les plateaux télévisés.
Parcours récent :
- 2022 : Fin de la mission ANTARES après 16 ans de fonctionnement
- Juillet 2023 : Nommé vice-président des relations internationales à Paris Cité
- Janvier 2024 : Directeur adjoint du laboratoire APC
- Juin 2024 : Élu président du conseil d’institut de KM3NeT
La Science comme Refuge
Pendant que les médias disséquaient l’affaire Duhamel, Kouchner supervisait la transition entre ANTARES et KM3NeT. Le contraste est saisissant : d’un côté, le tumulte médiatique ; de l’autre, la patience méthodique de la recherche fondamentale.
Les neutrinos ne se capturent pas en quelques jours. Il faut des années de collecte de données, d’analyses statistiques, de vérifications croisées. Cette temporalité scientifique semble aux antipodes de l’immédiateté médiatique.
Aujourd’hui, entre son bureau de l’Université Paris Cité et les réunions de coordination de KM3NeT, Antoine Kouchner poursuit ses recherches. Il encadre des doctorants, négocie des financements européens, participe à des conférences internationales sur l’astronomie multi-messagers.
Cette discipline combine les observations de différents signaux cosmiques : ondes gravitationnelles, rayons gamma, neutrinos. L’objectif : comprendre les événements les plus violents de l’univers, des explosions d’étoiles aux collisions de trous noirs.
Les neutrinos voyagent à travers l’espace sans être déviés par les champs magnétiques. Ils pointent directement vers leur source, comme des flèches cosmiques. Déchiffrer leur message révèle des phénomènes invisibles aux télescopes classiques.
À 56 ans, ce physicien cumule les responsabilités : recherche, enseignement, administration, coordination internationale. Ses collègues le décrivent comme rigoureux et discret, qualités précieuses dans un monde universitaire souvent agité.
La Méditerranée garde ses secrets à 2 500 mètres de fond. Les capteurs de KM3NeT continuent leur veille silencieuse, attendant le prochain signal venu du cosmos. Au-dessus, dans les bureaux parisiens, un homme orchestre cette symphonie scientifique, préférant les équations aux projecteurs, les neutrinos aux interviews télévisées. Un choix délibéré : laisser parler la science plutôt que l’histoire familiale.

