dimanche, mars 22, 2026

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Edouard Geffray baccalauréat : réforme Blanquer et décret 2026

Le 12 octobre 2025, Edouard Geffray retrouve la rue de Grenelle. Cette fois, pas comme numéro deux. Il devient ministre de l’Éducation nationale, le septième en trois ans. Un retour qui fait grincer des dents dans les salles des professeurs. Cet homme de 47 ans a déjà laissé sa marque sur le système éducatif français. Entre 2019 et 2024, il était directeur général de l’enseignement scolaire, le bras droit de Jean-Michel Blanquer. Ensemble, ils ont métamorphosé le baccalauréat.

L’homme qui a redessiné le bac

Geffray n’a jamais enseigné. Jamais corrigé une copie. Jamais fait l’appel dans une classe de terminale. Son CV raconte une autre histoire. Né en 1978 à Épinay-sur-Seine, il passe par Paris-Sorbonne, Sciences Po et l’ENA. La voie royale de la haute fonction publique. En 2019, sa nomination à la tête de la direction générale de l’enseignement scolaire brise une tradition vieille de 44 ans. Pour la première fois, le poste échoit à quelqu’un qui ne vient pas du terrain.

Les syndicats s’inquiètent. Les enseignants se méfient. Qu’importe. Geffray a une mission : transformer le baccalauréat de fond en comble.

2021 : quand tout bascule

La réforme débarque en pleine pandémie. Mauvais timing. Les lycées ferment et rouvrent au gré des variants. Les professeurs doivent appliquer de nouvelles règles dans le chaos sanitaire. Fini les filières L, ES et S. Place aux spécialités. Le contrôle continu explose à 40% de la note finale. Quatre épreuves terminales seulement. Un grand oral qui sort de nulle part.

Blanquer vante la modernisation. Geffray orchestre l’application. Sur le terrain, c’est la pagaille. Les établissements manquent de moyens pour proposer toutes les combinaisons de spécialités. Les professeurs découvrent des programmes remaniés à la rentrée. Les élèves naviguent à vue entre les nouvelles modalités.

En 2023, une enquête Ifop tombe. 62% des enseignants jugent que la réforme a échoué à réduire les inégalités. Pire encore : beaucoup estiment qu’elle les a creusées. Les lycées de centre-ville offrent huit spécialités. Ceux de périphérie, quatre ou cinq. Le choix devient un luxe.

Décembre 2025 : le retour du régulateur

Deux mois après sa nomination comme ministre, Geffray signe un décret sur le baccalauréat. Date de publication : 5 décembre 2025. Application dès juin 2026. Le texte resserre les boulons.

Désormais, les candidats avec moins de 8 sur 20 ne peuvent plus compter sur les points de jury. Terminé le petit coup de pouce qui permettait de franchir la barre des 10. Le bonus maximum accordé par le jury tombe à 50 points, soit 0,5 sur la moyenne. Rien qui change vraiment la donne.

Les chiffres de la session 2025 expliquent le durcissement. Taux de réussite au bac général : 91,9%. Seuls 1,7% des admis ont décroché leur diplôme grâce aux points de jury. Le ministère parle de « restaurer la crédibilité » de l’examen. Les détracteurs y voient une communication politique plus qu’une nécessité pédagogique.

Un ministère qui tourne en boucle

Depuis 2022, l’Éducation nationale change de tête tous les six mois. Pap Ndiaye, Gabriel Attal, Amélie Oudéa-Castéra, Nicole Belloubet, Anne Genetet, Élisabeth Borne. Puis Geffray. Sept ministres. Aucune stabilité. Aucun projet qui tient sur la durée.

Le gouvernement Lecornu relègue l’Éducation à la neuvième place dans l’ordre protocolaire. En 2017, c’était la première. Aujourd’hui, la police et l’armée passent devant. Un déclassement qui n’a rien de symbolique.

Geffray hérite d’un système sous tension. Un million d’élèves en moins d’ici 2029 à cause de la démographie. Des difficultés de recrutement qui s’aggravent chaque année. Des salaires qui ne suivent pas l’inflation. L’étude Talis le confirme : 4% des professeurs français se sentent valorisés. Le taux le plus bas de l’OCDE. 96% des enseignants ont le sentiment d’être méprisés.

Le technicien face au terrain

Geffray connaît les dossiers. Il maîtrise les circuits administratifs. Il sait comment fonctionne la machine. Mais il incarne aussi ce que beaucoup rejettent dans le macronisme éducatif. Les évaluations nationales standardisées. La labellisation des manuels. Les groupes de niveau qui trient les élèves. Le pacte enseignant qui transforme les profs en variables d’ajustement.

Aucun parti ne le soutient. Aucun mouvement ne le porte. Il n’a pas de base politique. Juste une expertise technique. Dans un ministère qui enchaîne les réformes sans jamais les évaluer, cette continuité inquiète autant qu’elle rassure.

La question reste entière. Un spécialiste du système peut-il le transformer quand il en est le produit ? Un homme qui a déjà redessiné le baccalauréat peut-il répondre aux attentes d’enseignants qui rejettent cette réforme ? Les prochains mois diront si Edouard Geffray est venu pour ajuster ou pour rompre. Pour l’instant, son premier acte ministériel ressemble furieusement à du Blanquer bis.

Solaine Grivois
Solaine Grivoishttps://lapressenationale.fr/
Solaine Grivois couvre les faits divers, l'actualité judiciaire et la vie locale en Île-de-France depuis 2012. Diplômée de l'ESJ Lille, elle a commencé comme pigiste au Parisien avant de devenir correspondante permanente. Spécialisée dans les affaires criminelles, les accidents de la route et le suivi des personnalités publiques, elle travaille régulièrement avec les services de police du 92 et assiste aux audiences du tribunal de Nanterre.

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