Le benjamin de Xavier Niel vient d’intégrer le conseil de surveillance d’Unibail-Rodamco-Westfield en août 2025. Quatrième mandat pour Jules Niel, qui jongle entre télécoms, immobilier de luxe et audio haut de gamme. Une montée en puissance qui interroge autant qu’elle fascine le monde des affaires français.
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De Rothschild à l’empire familial
Jules Niel sort de l’ESSEC et de Bocconi avec un profil classique de la finance parisienne. Il décroche un poste chez Rothschild & Co dans la division fusions-acquisitions. Le genre d’environnement où on apprend vite, où les dossiers se chiffrent en centaines de millions.
Juin 2023 : il quitte la banque d’affaires pour NJJ Telecom Europe. Cette holding porte les initiales de son frère aîné John et lui-même. Au menu du portefeuille : Salt Mobile en Suisse, Eir en Irlande, Monaco Telecom. Sans oublier les 40% de Millicom et les participations médias dans Le Monde ou Nice-Matin.
Septembre 2024 : premier conseil d’administration chez Millicom
Millicom International Cellular, coté au NASDAQ, gère des réseaux mobiles et câble en Amérique latine et Afrique. La famille Niel contrôle 40,23% du capital. Jules Niel, 23 ans à l’époque, intègre le conseil et le comité qui s’occupe des nominations et rémunérations.
Le signal est clair. On ne lui confie pas un siège honorifique. Il participe aux décisions sur les talents et la stratégie de compensation dans un groupe qui opère au Salvador, au Guatemala, en Tanzanie ou au Paraguay.
Août 2025 : Unibail-Rodamco-Westfield mise sur lui
URW possède des centres commerciaux à travers l’Europe et aux États-Unis. Westfield aux USA, Les Quatre Temps à La Défense, le Forum des Halles à Paris. Le groupe traverse une période de transformation avec la montée du e-commerce et les nouveaux usages des espaces commerciaux.
Jules Niel rejoint le conseil de surveillance et le comité d’audit. À 24 ans, il examine les comptes d’un géant européen de l’immobilier commercial. URW cherche manifestement son regard sur le digital et les technologies qui redéfinissent le retail.
Monaco Telecom et Devialet complètent le tableau
Monaco Telecom s’inscrit dans la logique télécoms de la famille. Devialet, c’est autre chose. Cette pépite française de l’audio premium développe des enceintes et des systèmes acoustiques haut de gamme. Un positionnement luxe qui tranche avec les opérateurs télécoms.
Ces quatre mandats dessinent un profil qui dépasse la simple succession familiale. Télécoms, immobilier, technologie, luxe : Jules Niel construit une expertise transversale.
Ce qu’il apporte concrètement aux conseils
Les fusions-acquisitions : son passage chez Rothschild lui donne une lecture fine des opérations capitalistiques. Utile quand Millicom consolide ses positions en Amérique latine ou qu’URW restructure son portefeuille immobilier.
Les télécoms : il baigne dedans depuis l’enfance. Xavier Niel a bâti Free, bouleversé le marché français, investi dans Salt, Eir, Monaco Telecom. Jules Niel connaît les enjeux réglementaires, les guerres de prix, les infrastructures.
Le digital : il représente une génération qui a grandi avec le smartphone, le cloud, l’IA. Pour URW qui réinvente ses centres commerciaux, ce regard compte.
Le financement durable : une compétence qui apparaît dans son profil officiel URW. Les grands groupes cotés ont tous des objectifs ESG. Quelqu’un qui maîtrise ces enjeux financiers devient précieux.
La question qui fâche : légitimité ou héritage ?
Quatre conseils d’administration à 24 ans. Même avec ESSEC, Bocconi et Rothschild sur le CV, ça interpelle. Les détracteurs pointeront l’évidence : sans le nom Niel, aurait-il ces mandats ?
Les faits nuancent. Millicom, oui, c’est l’entreprise familiale. Mais URW n’appartient pas aux Niel. Le groupe a choisi Jules Niel pour des compétences identifiées. Son profil mêle finance, télécoms et vision tech. Exactement ce qu’URW cherche pour se transformer.
Les entreprises familiales placent souvent leurs héritiers dans les conseils. Jules Niel y ajoute une formation solide et une expérience, même brève, dans une institution financière reconnue.
Un modèle différent de l’héritier classique
Il ne dirige pas opérationnellement les entreprises familiales. Pas de poste de directeur général, pas de management direct des équipes. Il siège, il conseille, il vote les grandes orientations.
Cette stratégie multiplie les points de vue. Chaque conseil expose à des problématiques différentes : la concurrence mobile au Guatemala n’a rien à voir avec la fréquentation d’un centre commercial parisien. Cette diversité forge un jugement plus large qu’une carrière linéaire dans une seule boîte.
À 24 ans, il dispose de décennies pour évoluer. Prendra-t-il un jour la direction opérationnelle d’une des entreprises du groupe familial ? Continuera-t-il à collectionner les mandats d’administrateur ? Lancera-t-il ses propres projets ?
L’ombre de Xavier Niel plane
Impossible d’évoquer Jules Niel sans mentionner son père. Xavier Niel a révolutionné les télécoms français avec Free, investi dans l’école 42, soutenu Station F, diversifié dans les médias. Un entrepreneur atypique qui a construit un empire depuis les Minitel roses.
Jules Niel grandit dans cet univers. Il voit son père négocier, investir, bousculer les acteurs établis. Cette exposition forge une compréhension instinctive du business que les écoles de commerce ne peuvent pas enseigner.
Reste à savoir s’il suivra les traces paternelles ou tracera sa propre voie. Pour l’instant, il accumule l’expérience, les réseaux, la connaissance des rouages de plusieurs industries.
Quatre mandats, quatre laboratoires
Millicom lui apprend les télécoms en Amérique latine, les marchés émergents, les enjeux réglementaires complexes. URW l’expose à l’immobilier commercial, à la transformation retail, aux défis de l’audit financier. Monaco Telecom ancre la connaissance du marché européen. Deviatel ouvre sur le luxe et l’innovation produit.
Chaque conseil constitue un apprentissage accéléré. Les discussions stratégiques, les débats sur les investissements, les analyses de risques : Jules Niel construit une expertise à une vitesse que peu de parcours traditionnels permettent.

