Baies vitrées qui s’effacent, sols qui traversent les murs, lumière calée sur nos rythmes biologiques. Ce n’est pas une tendance déco. C’est une autre conception de l’espace.
Coupe architecturale schématique : le même module de carrelage se poursuit sans interruption de l’espace intérieur vers la terrasse extérieure. L’axe de seuil est à peine visible.
Ouvrez la baie vitrée d’un salon conçu dans cette logique, et il n’y a plus vraiment de « dehors ». Le même carrelage grand format continue sous vos pieds, la même température de lumière s’étend jusqu’aux luminaires de la terrasse, et les végétaux plantés à l’intérieur répondent à ceux qui poussent à un mètre de là. La transition intérieur-extérieur ne consiste pas à percer un mur. Elle consiste à faire en sorte que ce mur n’ait jamais semblé exister.
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Ce que le corps ressent avant que l’œil ne le voie
Des études menées en milieu hospitalier ont mesuré quelque chose d’assez précis : les patients qui bénéficient d’une vue directe sur des espaces naturels récupèrent plus vite, consomment moins d’analgésiques et présentent moins de complications postopératoires. Les marqueurs physiologiques du stress baissent significativement dès que le regard peut se poser sur du vivant, sur de la lumière naturelle qui varie.
Ce phénomène porte un nom dans la recherche architecturale : le design biophilique. L’idée est simple à formuler. L’être humain a construit, pendant des millénaires, une relation physique avec la nature. Une architecture qui coupe cette relation crée une tension que l’on ne perçoit pas clairement, mais que l’on ressent. Lumière trop fixe, absence de variation thermique légère, vues bloquées à quelques mètres : ces conditions pèsent sur le bien-être, même sans que l’on puisse les nommer.
15 %
Gain de productivité documentéUne étude de l’Université de Cardiff a établi qu’un bureau avec végétaux et connexion visuelle à l’extérieur augmente la productivité de 15 % en moyenne, tout en réduisant l’absentéisme et les niveaux de stress déclarés.
Le même constat s’applique à la lumière. Les systèmes d’éclairage dynamique, qui reproduisent les variations d’intensité et de température de couleur du soleil au fil de la journée, s’appuient sur la biologie du rythme circadien. La lumière bleue du matin stimule l’éveil, la lumière chaude du soir prépare au repos. Une maison qui laisse entrer la lumière naturelle, qui l’accompagne et la prolonge, fait déjà une grande partie du travail.
Ce que les architectes font concrètement
La continuité spatiale entre dedans et dehors repose sur des détails très précis. L’œil perçoit les ruptures avant même que l’on s’y arrête : un changement de revêtement de sol, une variation de température de couleur dans l’éclairage, une cassure de ligne au niveau du seuil. Ces micro-discontinuités suffisent à recréer mentalement une frontière que l’architecture cherchait à effacer.
Les points techniques sur lesquels les architectes et designers concentrent leur attention :
- Le sol en continu : le grès cérame grand format, avec des finitions identiques côté intérieur et côté extérieur, est l’outil le plus direct. Le module se poursuit sans interruption d’un espace à l’autre. Le seuil affleurant des baies élimine la marche qui rompt visuellement tout l’ensemble.
- Le profil du seuil : c’est le détail que la plupart des projets négligent. Un profil mal choisi à cet endroit défait le travail de tout le reste. Les systèmes à rupture thermique avec dormant affleurant permettent aujourd’hui une transition quasi invisible entre intérieur et extérieur.
- La cohérence d’éclairage : la même température de couleur en intérieur et sur la terrasse empêche le « mur noir » qui se forme la nuit quand les deux espaces sont traités séparément. Des suspensions et des lanternes de même registre formel prolongent la lecture de l’espace après le coucher du soleil.
- La végétation sur axe commun : des plantations intérieures et extérieures alignées sur le même axe visuel créent un effet de profondeur qui tire le regard loin au-delà de la façade.
Sol continu
sans rupture
Seuil
affleurant
Éclairage
cohérent
L’architecte résidentiel australien Shaun Lockyer, qui travaille sur ce type de projets depuis plus de vingt ans, note que le centre de gravité de la cuisine a bougé. Ce n’est plus une pièce fermée sur elle-même. Elle se retrouve désormais au point de jonction avec l’extérieur, là où les deux espaces commencent à se confondre.
La cuisine n’est plus au centre de la maison. Elle est à la limite entre la maison et le jardin.
Un mouvement qui dépasse la maison individuelle
Dans le tertiaire, près d’un salarié sur deux déclare vouloir disposer d’un jardin, d’une terrasse ou d’un espace vert sur son lieu de travail. Les programmations architecturales d’immeubles de bureaux intègrent désormais des espaces de transition intérieur-extérieur comme composante fonctionnelle à part entière : patios ouverts, terrasses filantes, toits-jardins accessibles. Le sujet est apparu dans les cahiers des charges bien avant la pandémie, mais les années qui ont suivi ont rendu la demande explicite et chiffrée.
Dans le logement collectif, le balcon a changé de statut. Les programmes récents le traitent comme une pièce supplémentaire, avec ses propres qualités thermiques et acoustiques, son revêtement spécifique, son éclairage pensé en dialogue avec le séjour. La perméabilité entre dedans et dehors est devenue un critère de valorisation immobilière documenté, aussi bien pour les logements neufs que pour les rénovations.
Dans un appartement parisien du XIXe siècle, une fenêtre donnait sur une cour intérieure sombre. Dans un programme livré aujourd’hui dans la même ville, la baie coulissante s’efface dans l’épaisseur du mur, le sol de la cuisine continue sur la terrasse en grès cérame noir, et les bacs de plantation forment une ligne continue entre les deux espaces. Même budget au mètre carré, pas les mêmes conditions de vie. C’est ce que change, concrètement, la transition intérieur-extérieur.
En chiffres
48 % des salariés souhaitent un espace vert ou une terrasse sur leur lieu de travail.
15 % de gain de productivité mesuré dans des bureaux avec connexion visuelle à la nature. Université de Cardiff.
30 % de couverture en bois naturel : le seuil auquel la perception subjective d’un espace est jugée la plus positive, selon les études sur le design biophilique.
Vocabulaire du sujet
- Design biophilique
- Continuité spatiale
- Fluidité intérieure
- Baie vitrée coulissante
- Espace de transition
- Seuil affleurant
- Grès cérame extérieur
- Lumière circadienne
- Perméabilité dedans-dehors
L’essentiel
La continuité du sol, le seuil traité avec soin et la cohérence d’éclairage sont les trois points techniques qui font ou défont une transition réussie.
Pierre brute, bois massif, béton texturé : ces matières fonctionnent parce qu’elles appartiennent naturellement aux deux espaces à la fois. © 2026 L’Espace Vivant. Tous droits réservés. Architecture · Design · Habitat

